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Aller à la rencontre des créateurs singuliers, tel est l'un des objectifs du Bouillon d'Art. Désormais et tous les mois, nous dresserons le portrait d'un de ces « artistes » en marge. Le premier retenu pour cette expérience: Bernard Le Nen...
« Lorsque l'on voit sa peinture, on imagine un homme torturé »...Et lorsque nous l'avons rencontré pour la première fois en 2010, nous sommes tombés des nues: comment une personne considérée comme « normale » par notre société peut-elle peindre ces êtres déstructurés ? La réponse, nous sommes allés la chercher en plein cœur des Cévennes Gardoises, dans le village de Lasalle...
L'atelier de Bernard Le Nen se situe à l'Etage de la Filature du Pont de Fer, ancienne usine à soie transformée aujourd'hui en centre culturel. Cet atelier semble à première vue banal: des tubes d'acrylique, des pinceaux, de l'encre (beaucoup d'encre), des toiles vierges...Mais on comprend vite qu'il est habité par le bestiaire de Bernard...Partout, des feuilles, des carnets, des toiles sont remplis de ces fameuses créatures qui réveillent chez celui qui les côtoie quelque chose de l'ordre de l'instinct primitif.
Le dessin chez Le Nen a toujours été spontané. Cet autodidacte, qui pris un jour quelques cours du soir aux Beaux Arts de Perpignan, vient à la peinture de la même manière qu'un enfant apprend à nager... Depuis toujours, il dessine dans les marges de ces cahiers d'école, sur des bouts de papiers, partout où son stylo peut se poser...Et le temps n'aura n'a pas eu raison de son coup de crayon. Alors tout naturellement, il décide un jour de se jeter à l'eau, d'abandonner l'intermittence et de devenir peintre à plein temps.
L'Évolution de sa peinture est très intéressante pour la réponse que nous sommes venue chercher...
Les premières toiles de Le Nen (datant des années 90) mettent en scènes des personnages un peu loufoques, se rapprochant de certaines peintures tribales, souvent très colorées et annotées:

« J'ai vu bouger les murs, j'ai vu le désert, l'étrange cabinet du docteur Matamor, j'ai vu les tuyaux des serpents-machines. Max la bouteille m'a causé à l'oreille et j'ai senti dans ma bouche le souffle de la mort, la beauté de nos vies. »
A l'époque Bernard ne se « lâchait » pas vraiment, il se cherchait. Mais le temps, l'expérience de la vie et surtout l'acceptation de cette « schizophrénie propre à l'humain » ont eu raison de sa peinture. La preuve en est la puissance de ces dessins et peintures actuels.
Alors lorsqu'on lui a posé la question de sa relation à la peinture, ou comment un homme entre guillemets normal pouvait créer des êtres aussi torturés, la réponse fut la suivante:
« Vous les trouvez torturés ? »
C'est notre société et les hommes qui la composent qui sont torturés. Chacun d'entre nous possède en lui des fantasmes, des peurs, des craintes mais peu ne parviennent à les assumer. C'est ce travail que Bernard Le Nen entreprend depuis longtemps: assumer ses peurs et les exprimer dans sa peinture. Alors forcément, face à ces créations, on ne peut rester indifférent. Entrer dans l'univers de Bernard Le Nen c'est un peu aller à la rencontre de ses propres peurs et de ses vices: lorsque l'on est pas préparé, ça peut faire mal...
Pour les curieux, vous pouvez découvrir des oeuvres de Bernard Le Nen du 8 mai au 13 juin à l'Atelier de Poche, 16, rue de l'AGAU, à Nimes (30)

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